Photo Days
8/11/2021 — 31/12/2021
8/11 dès 18h  vernissage de l’exposition

Laura HENNO

Radical Devotion



La Galerie Nathalie Obadia est heureuse de présenter pour la première fois l’œuvre de l’artiste française Laura Henno, en amont de son exposition au palais de Tokyo en avril prochain. Photographe et réalisatrice, Laura Henno compose une œuvre qui éclaire des réalités parallèles, souvent marquées par des phénomènes de déplacement ou de migration. 

À la suite de sa recherche aux Comores qui explore la géopolitique complexe de l’archipel au travers de portraits de vie d’adolescents clandestins, Laura Henno tourne son regard vers Slab City, campement hors du temps, perdu dans le désert californien. Montrée pour la première fois à Paris, la série Outremonde, initiée en 2017 est remarquée par la critique aux rencontres d’Arles en 2018, ainsi qu’à l’Institut de la Photographie en 2019 et au Bleu du ciel en 2020, sous le commissariat de Michel Poivert. L’exposition présentée à la Galerie Nathalie Obadia permettra de découvrir une douzaine de tirages inédits, étoffant ce projet qui fera l’objet d’un long métrage développé dans le cadre de la résidence de l’artiste à la Villa Albertine en 2022.

En plein désert de Sonoran, Slab City est une « ville » qui n’apparaît sur aucune carte, aux portes d’une zone d’entraînement militaire dédiée aux interventions au Moyen-Orient. Peuplé de caravanes à l’abandon, ce campement sauvage d’environ 150 outcasts révèle le hors-champ d’une Amérique qui se heurte à la violence de son histoire sociale et politique. Dans cet Outre Monde où ceux qui le souhaitent peuvent disparaître, le temps est comme suspendu et la vie se recompose sur le fil du rasoir. Le désert y exerce toute sa puissance à la fois magnétique et impitoyable, alors que les essais militaires déchirent le silence et répondent au soleil brûlant. Les Slabers forment un peuple indifférent aux règles sociales, c’est au-dessus des lois que se joue leur destin.

Immergée plusieurs semaines par an, vivant dans sa caravane, Laura Henno réalise une fresque de ce no man’s land où trouvent refuge les reprouvés d’une americana sur le déclin. Citation du roman éponyme de Don Delillo, Outremonde fait ici référence à la politique de l’enfouissement évoquée dans cette chronique de la seconde moitié du XXe siècle des États-Unis. Laura Henno écrit à son tour l’histoire d’un monde dissimulé du regard et dont elle restitue la grandeur au travers de ses âmes rebelles. Dave, un pasteur détonnant qui reconstruit inlassablement son église lacérée par le vent. Puis Nicholas, jeune évangéliste aux allures de pionnier, qui recrée le jardin céleste pour nourrir les habitants les plus démunis. Les deux personnages sont mis en avant dans le film Haven, présenté dans l’exposition, rendant perceptible la résilience et les liens de collectivité qui émanent de ce purgatoire de fortune.

De nouveaux tirages, présentés pour la première fois, soulignent l’ensablement de ces vies en suspens, caractérisées par un nomadisme revendiqué. Nous découvrons ainsi Lewis, un vétéran du Vietnam, magnifié par les chromes de sa Harley, en arrêt devant le truck qu’il conduisit pendant 40 ans tandis que la carcasse d’une voiture brûlée incarne la conjuration de toute échappée. Un autre portrait dévoile le visage marqué mais plein de douceur d’un homme au volant de son pick-up enveloppé d’un halo lumineux à contre jour.

Dialoguant avec la grande tradition de la photographie documentaire américaine, celle de Dorothea Lange pendant la Grande Dépression, Laura Henno fait le récit d’un monde autre qu’elle vient sortir de l’oubli. Au contact de cette communauté autarcique, la photographe va à la rencontre des Slabers dont la liberté, construite dans l’adversité, est façonnée par des choix qui leur sont propres.




Galerie Nathalie Obadia